L’échange scolaire 1.0 ( = l’échange scolaire « traditionnel »)

Pourquoi faire un échange ?

Tout d’abord un échange scolaire doit favoriser la communication authentique en langue étrangère dans le cadre d’une coopération franco-allemande ayant une fin précise. De plus il devrait mener à une ouverture d’esprit de l’élève sortant de sa vie habituelle et renforcer sa motivation d’apprendre cette langue. Enfin, lors d’un échange scolaire, l’élève s’initiera au « réseautage », c’est-à-dire le fait de se faire des contacts, en interagissant avec les correspondants du groupe et sa famille d’accueil.

Quelles compétences sont visées lors d’un échange traditionnel ?

  1. Compétences (inter)culturelles : En faisant la connaissance d’une région en France et en partageant la vie d’un élève du même âge en France, l’élève doit s’adapter à une autre vie que celle qu’il connaît. Cela lui permet de comparer ces deux façons de vivre et d’analyser non seulement leurs différences mais aussi leurs similarités. Ce regard qu’il jettera à la fois sur l’autre et sur soi-même lui fera non seulement voir son identité nationale sous un nouvel angle mais lui fera aussi découvrir son identité européenne à travers les similarités observées.
  2. Compétences linguistiques : Lors d’un échange, l’élève se servira des connaissances de la langue française déjà acquises afin de communiquer dans une situation authentique. Grâce à ces échanges authentiques où il devra « se débrouiller » il approfondira ces connaissances.
  3. Compétences personnelles : En partant à l’étranger dans le cadre d’un échange scolaire, l’élève comprendra l’utilité de ce qu’il apprend à l’école dans la vie « réelle », ce qui ne le lui ouvrira non seulement l’esprit mais lui apprendra aussi à prendre plaisir à parler une langue étrangère et à perfectionner sa maîtrise. De plus, l’élève arrivera à mûrir en s’émancipant de sa vie habituelle.
  4. Compétences pratiques : Lors d’un échange traditionnel, l’élève parlera et communiquera ainsi en langue étrangère et il comparera cette nouvelle vie qu’il découvre avec la sienne.

Projets traditionnels & modernes

Pendant longtemps, l’élève qui participait à un échange scolaire traditionnel devait préparer un exposé (en langue maternelle) et tenir un « journal de bord » (souvent en langue étrangère). Avec l’arrivée des TICE à l’école, ces modalités ont récemment pris une nouvelle tournure : Au lieu du journal de bord écrit à la main on favorise souvent l’alimentation d’un blog ou site web et les exposés en langue maternelle sont remplacés de plus en plus souvent par des projets plutôt interactionnels (p.ex. des interviews, etc.). On intègre donc des outils Web 2.0 interactifs pour encourager une vraie interaction franco-allemande.

Quelle est la valeur ajoutée des projets modernes ?

La valeur ajoutée de ces projets modernes réside surtout dans le domaine des compétences pratiques car il s’agit d’une approche actionnelle. L’élève se sert des TICE et d’outils numériques en général (p.ex. son portable, son appareil-photo…) et travaille aussi bien en équipe nationale qu’en binôme franco-allemand afin de réaliser un projet qui peut s’étaler sur toute une année scolaire et se fait, bien entendu, pour la plupart du temps à distance. Donc, non seulement l’élève communiquera et comparera au sens plus large au quotidien mais il communiquera aussi autour d’un sujet précis. C’est ce sujet qui l’obligera à rédiger des textes qu’il présentera ensuite soit par écrit soit oralement et à s’appliquer dans la médiation entre les deux langues et cultures. Cette intégration de projets modernes dans un échange augmentera la maîtrise d’outils numériques indispensable de nos jours et renforcera aussi bien l’identité de groupe que l’identité européenne de tous ceux qui participent à ces projets. Cette nouvelle forme d’échange, « l’échange 2.0 », dépasse donc largement la dimension personnelle d’un échange traditionnel.

L’échange scolaire 2.0 : « Une aventure franco-allemande »

« Une aventure franco-allemande » est un projet mis en route en 2011 lors de la réanimation d’un échange que le Leibniz Gymnasium Rottweil entretenait pendant un moment avec le Collège Raymond Queneau à Paris fin des années 90. Je qualifierais cet échange 2011 d’« échange 1.5 » car nous avions un projet traditionnel (des exposés sur le temps de Louis XIV) et un projet moderne, un blog nommé « Une aventure franco-allemande » sur lequel les élèves devaient publier des articles sur les sorties, sur les différences culturelles dont ils se rendaient compte et un « dico personnel » de cinq mots appris lors de leur séjour à l’étranger. Grâce à la coopération parfaite avec la prof d’allemand en France le blog a été alimenté par les élèves des deux pays de façon exemplaire ce qui a, entre autres, mené à un appariement officiel entre les deux établissements en juillet 2011.

L’échange 2012 : un « échange 1.75 »

Quand j’ai repris l’échange de ma collègue en 2012 j’ai décidé d’aller un peu plus loin que l’année précédente en remplaçant les exposés par un projet « Vidéo-Trottoir : La Rive Gauche » accompagné par une « Gazette de la Rive Gauche » tout en gardant le blog qui devait alors servir de vrai documentation de l’échange. Ma nouvelle collègue en France était d’accord de contribuer avec ses élèves au blog mais elle voulait néanmoins garder la pratique d’un « journal de bord » traditionnel pour ses élèves. Il était convenu que, comme pour le blog, les binômes franco-allemands devaient s’entraider dans leurs autres projets. Cet échange 2012 n’était donc pas encore un vrai « échange 2.0 » mais plutôt un « échange 1.75 ».

Le voyage des élèves allemands en France était prévu pour fin mars tandis que le séjour en Allemagne se déroulerait début mai. Des deux côtés il y avait 27 élèves de 4e mais alors qu’en France tous les élèves venaient de la même classe d’allemand et étaient accompagnés par la nouvelle professeur d’allemand du collège qui organisait l’échange avec l’aide d’une collègue qui avait participé aussi à l’échange 2011, les élèves allemands venaient de deux classes distinctes, dont une classe d’élèves surdoués, et leurs professeurs de français respectifs ne participaient pas à l’échange.

Quelques problèmes et leurs solutions

Il est donc évident qu’il y ait déjà d’avance quelques problèmes: De mon côté, premièrement, j’étais assez inexpérimentée quant à l’organisation d’un échange quand j’ai repris, toute seule, cet échange de ma collègue qui était tombée malade. Deuxièmement, les élèves étaient très hétérogènes, aussi bien concernant leur maîtrise de la langue française que quant à leur maturité et leur capacité de s’adapter à de nouvelles situations. Même si je n’étais pas leur professeur de français, je les connaissais tous car j’étais soit leur professeur d’anglais actuel soit je l’avais été auparavant. Troisièmement, à cause de cette composition de groupe d’échange assez particulière, les élèves étaient obligés de travailler sur leurs projets en dehors du temps scolaire déjà assez chargé et pour certains mes méthodes étaient, en plus, nouvelles. Du côté français, la nouvelle professeur d’allemand était obligée de traiter le thème du « Romantisme » (déterminée bien en avance) et était encore assez inexpérimentée en ce qui concerne l’usage des TICE.

Pour remédier à ces petits problèmes nous avons trouvé le compromis d’avoir des projets différents (qui demanderaient quand-même aux binômes franco-allemands de s’entraider) et d’avoir et un groupe Facebook privé (pour la communication interne) et un blog public (qui servirait de documentation de l’échange et ses multiples projets) en commun.

Des questions légales

Avant de se lancer dans les projets communs il fallait cependant aborder quelques questions légales, notamment la question de savoir si tous les élèves étaient autorisés d’avoir une adresse email, s’ils étaient inscrits sur Facebook (ou avaient le droit de s’y inscrire) et s’ils auraient le droit de participer au blog. Ensuite s’y est ajoutée la question concernant le droit à l’image.

Il s’est vite avéré que tous les élèves auraient une adresse email à leur disposition, soit la leur soit celle de leurs parents, et pour ne pas obliger les élèves à s’inscrire sur Facebook il était convenu d’envoyer toutes les informations importantes aussi par email aux parents et pour ne pas les obliger à s’inscrire sur WordPress la publication sur le blog devait également se faire par email. En ce qui concerne la participation au blog et le droit à l’image, nous avons fait signer une autorisation par les parents et j’ai donné une fiche d’autorisation de publication des interviews à mes élèves pour qu’ils les fassent signer par les personnes qu’ils allaient interviewer.

Les projets

La contribution au blog était minime :

  • un article de dix phrases (cinq en français, cinq en allemand) + cinq à dix photos sur une sortie
  • un article de quelques phrases en langue maternelle sur des différences culturelles observées
  • cinq nouveaux mots avec leur traduction
  • un témoignage en langue maternelle (optionnel)

Quant au projet sur la Rive Gauche chaque élève allemand a été attribué un endroit, un bâtiment ou une statue dans le Ve arrondissement de Paris, avec une petite escapade dans le VIe arrondissement car je tenais, comme professeur d’anglais d’une grande partie des élèves, à inclure quelques endroits liés aux expatriés américains des années 20 et 30. Il s’agissait donc de rédiger et de filmer un reportage de max. trois minutes en allemand sur le sujet attribué, suivi d’une interview en français sur ce même sujet. De retour en Allemagne, il était prévu de sous-titrer l’interview en allemand et de publier des résumés des reportages en français et allemand faciles dans une « Gazette de la Rive Gauche » (virtuelle).

La chronologie

Dans un premier temps (du mois de novembre 2011 au mois de février 2012) les enseignantes étaient surtout prises par les démarches d’organisation du voyage et du programme mais il s’agissait également de la création du blog, du groupe Facebook, du compte Twitter pour tenir au courant les parents ainsi que de la répartition des thèmes du projet et des sorties pour les articles à publier sur le blog. Comme je sentais que l’esprit de groupe était assez faible j’ai suggéré aux parents de faire faire des T-shirts avec un logo portant sur l’échange à apporter comme cadeau aux correspondants français. Il fallait donc trouver un logo et commander les T-shirts. A la fin de cette première phase de préparation, les élèves m’ont rendu leurs reportages pour que je les corrige.

En même temps les élèves commençaient à prendre contact avec leurs correspondants (novembre, décembre) et les élèves allemands lançaient les recherches pour leurs reportages aidés par leurs correspondants français. Ensuite, début 2012, ils ont rédigé le texte du reportage, ils me l’ont remis pour ensuite corriger quelques petits détails avant de réfléchir sur la mise en scène et de prendre des notes pour l’interview à faire.

Pendant les deux mobilités, donc entre mars et mai 2012, je m’occupais plutôt de tâches pratiques : lors de notre séjour à Paris, j’ai aidé mes élèves pour des questions pratiques concernant le tournage de leur reportage, j’ai documenté nos sorties à Paris sur Twitter pour que les parents sachent ce que l’on était en train de faire, j’ai animé le blog et ai rappelé à l’ordre certains élèves négligents. Après notre retour, j’ai rédigé un petit article pour le site web de notre lycée (parce que je trouve très important que la communauté scolaire soit impliquée dans un échange) et j’ai ramassé des photos pour le diaporama que j’allais faire pour tous les élèves à la fin de l’année scolaire. Et puis, lors du séjour des élèves parisiens chez nous, j’ai à nouveau animé le blog et ai « tweeté ».

Pendant notre séjour à Paris, mes élèves devaient, toujours avec l’aide de leurs correspondants, alimenter le blog avec des articles bilingues sur les sorties, tourner leur reportage sur place, effectuer l’interview requise et prendre quelques photos pour la Gazette. Ensuite, après notre retour, il s’agissait de rédiger les articles sur les différences culturelles et le « dico personnel » ainsi que le résumé bilingue de leur reportage. Enfin, pendant le séjour de leurs correspondants en Allemagne, c’était à eux de les aider avec leurs journaux de bord, mais il ne fallait pas pour autant oublier de faire la transcription des interviews pour avoir tout en main pour leur sous-titrage.

Après la deuxième mobilité, entre juin et juillet 2012, de mon côté, j’ai rédigé un deuxième article pour le site du lycée, j’ai traité le son des vidéos de mes élèves pour qu’on puisse procéder au sous-titrage et j’ai ramassé à nouveau des photos pour le diaporama. En même temps, ma collègue française m’a fourni des documents et des photos des projets de ses élèves pour alimenter le blog et s’est mise à préparer la fête de clôture de l’échange qui devait avoir lieu fin juin, juste avant les vacances en France. Comme je me trouvais par hasard en même temps sur Paris pour une formation au CIEP à Sèvres, j’ai pu participer à cette fête et en ai parlé sur le blog. Enfin, au mois de juillet, c’était à nous de finir notre projet : J’ai donc réservé une journée pour sous-titrer les vidéos et créer la Gazette avec mes élèves, j’ai mis tous les résultats en commun sur le blog, me suis mise à faire le diaporama à ajouter sur le DVD avec les reportages et ai préparé, avec mes élèves, la fête de clôture.

Pendant que mes élèves travaillaient sur leurs témoignages concernant l’échange – témoignages qui devaient aussi donner envie à d’autres élèves du lycée de partir en échange – les élèves français étaient censés envoyer leurs articles sur les différences culturelles et leurs « dicos personnels » au blog. En même temps, ils préparaient la fête de clôture avec un concours-photo. Au mois de juillet, les élèves allemands ont terminé leurs projets en ajoutant les sous-titres aux interviews ou reportages et en rendant une version bien mise en page de leur article pour la Gazette. Ensuite, ils ont,  eux aussi, préparé la fête de clôture.

Les difficultés

Même si les résultats des projets ont en gros largement surpassé mes attentes il y avait quand même quelques difficultés à affronter : tout d’abord, il y a eu des problèmes de formatage de fichiers, notamment des fichiers vidéo. Il aurait été préférable de demander à tous les élèves d’enregistrer leurs reportages au format .avi ou .mp4. Cependant, avec « Freemake Video Converter » j’ai réussi à tout convertir au bon format. Deuxièmement, certains reportages étaient à peine compréhensibles à cause du bruit de la ville, du vent, etc. Il a donc fallu en extraire le son pour enlever du moins une partie du bruit et ensuite il fallait remettre le son sur la vidéo, ce qui a été fait avec les logiciels « Audacity » et « Video Pad Editor ».

Il était bien plus difficile, par contre, de remédier aux difficultés venant des élèves, notamment leur négligence qui nécessitait d’un côté parfois une réorganisation du blog pour garder le bon ordre, et de l’autre côté un rappel à l’ordre assez fréquent. Quelques élèves allemands n’étaient pas très motivés de terminer leurs projets parce qu’il fallait presque tout faire en dehors des cours et en utilisant, pour certains, des méthodes tout à fait nouvelles, ce qui les obligeait à sortir de leurs habitudes. Les élèves français, de l’autre côté, étaient aussi négligents mais je pense que c’était surtout du au fait qu’ils avaient d’autres préoccupations juste avant les vacances d’été.

 Echange 2013 ?

Comme je viens enfin d’être mutée je ne sais pas encore si je pourrai poursuivre cet échange précis, même si j’aimerais bien le récupérer. Malgré quelques difficultés, ma collègue française et moi avons fini par nous entendre et je pense qu’on pourrait arriver à s’arranger et à travailler ensemble pour que nos élèves profitent au maximum de l’échange. Comme je ne sais pas si cela va vraiment se faire, je suis également à la recherche d’un collège parisien qui aimerait monter un échange avec un petit lycée au sud de l’Allemagne.

Bilan

En gros, j’étais très satisfaite des résultats de tous les projets initiés et j’ai remarqué avec un grand plaisir que la plupart de mes élèves étaient très motivés malgré quelques difficultés techniques ou méthodiques. De plus, environ la moitié des binômes franco-allemands a très bien travaillé ensemble, ce qui a mené chez les Allemands à un enthousiasme grandissant pour l’apprentissage de la langue française et le désir de retourner en France pour un échange plus long. Enfin, la plupart des parents étaient très satisfaits de cet échange « différent » et la direction du collège parisien s’est montrée également assez favorable à une poursuite de mes méthodes modernes.

J’étais un peu moins satisfaite par rapport au fait que certains élèves avaient « oublié » de faire une interview et que surtout les garçons avaient du mal à coopérer avec leurs correspondants. De plus, j’ai remarqué que quelques élèves ont fait preuve d’une attitude « vacances » et n’avaient pas du tout compris qu’un échange vient avec des obligations. C’est cette attitude ainsi qu’un soutien assez faible de certains parents qui étaient à l’origine de la négligence d’un petit nombre d’élèves.

Néanmoins, même si ces derniers trois points semblent assez rigoureux, globalement j’étais très satisfaite de cet échange et à mon avis il faudrait juste ajuster quelques détails pour arriver à y remédier.

En ce qui concerne la coopération franco-allemande, il serait souhaitable d’avoir un projet commun dès le début, un projet intéressant pour tout le monde et qui vise une certaine durabilité. De plus, cela mènerait automatiquement à une répartition égale des tâches et des contributions sur les deux pays.

Quant à l’organisation de l’échange en Allemagne, il est nécessaire d’avoir un espace dédié à cet échange (p.ex. un « club échange » d’une heure ou deux par semaine) où on peut travailler sur le projet mais aussi aborder des questions informatiques, techniques et méthodiques qui n’ont pas leur place au sein du cours de langue étrangère.

Afin d’éviter la « lutte contre la négligence » à l’avenir, on pourrait instaurer une phase de candidature pour participer à l’échange, ce qui favoriserait justement les élèves qui veulent vraiment partir et qui profiteraient le plus d’un échange à la longue.

Enfin, concernant le domaine de l’informatique, j’aimerais bien essayer de travailler sur la plateforme « Télé-Tandem ® » de l’OFAJ et utiliser Skype pour la communication entre les élèves. Et puis, si possible, j’aimerais bien « céder le terrain » aux élèves doués en informatique pour la gérance du blog, du groupe Facebook, etc..